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LES PELLICULES ET LES MAUVAISES ODEURS DE LA PEAU


Origine des pellicules et de l'odeur corporelle

L'odeur est liée à la sécrétion de diverses glandes, principalement les glandes sudoripares et les glandes sébacées chez le chien. Toute modification de ces glandes, d'origine génétique, endocrinienne ou inflammatoire, peut provoquer l'apparition d'une mauvaise odeur, éventuellement associée à des modifications de l'aspect de la peau (séborrhée sèche, séborrhée grasse). Ceci est lié à une altération du film lipidique de surface.  On connaît la composition normale du film lipidique superficiel chez le chien (stérols, diesters ou cires, acides gras libres) et ses altérations lors d’état kératoséborrhéique (diminution des cires, augmentation des acides gras libres). Ce film cutané est composé d’une émulsion, synthétisée à partir de l’épiderme et des glandes sébacées.

Composition du film cutané et sa régulation

La composition du sébum est complexe, varie selon les espèces animales (peut être les races), et selon la région du corps étudiée. Chez le chien, il est composé principalement de stérols (cholestérol), de cires (sous forme de diesters) et d’acides gras libres. Les acides gras libres, présents en très faible quantité sur une peau normale, proviennent de l’hydrolyse enzymatique de lipides  par des bactéries saprophytes de surface. Ils interviennent dans la régulation du pH cutané, qui varie de 5,2 à 7,2  chez le chien. Ce pH est beaucoup plus alcalin que celui de l’homme (ce qui justifie l’emploi de topiques à pH neutre adaptés pour la dermatologie des carnivores). La régulation de la sécrétion sébacée est complexe et semble d’abord être sous dépendance hormonale. La testostérone sous forme d’un métabolite, la dihydrotestostérone, joue un rôle primordial en activant principalement les mitoses et les synthèses sébacées. Le rôle des oestrogènes, de la progestérone et des hormones corticostéroïdes reste encore mal compris. A côté de ces hormones, d’autres facteurs interviennent dans cette régulation (facteurs héréditaires, qui expliqueraient certaines prédispositions raciales pour les troubles primaires de la kératinisation; facteurs intrinsèques, notamment métaboliques: acide linoléique, vitamine A chez le chat, vitamine E...; facteurs extrinsèques (la sécrétion sébacée serait influencée par des agents climatiques (température, humidité), les chiens supportant mal des températures trop élevées).
 
Le film lipidique superficiel a de multiples rôles. A l’état normal, il assure la protection, la cohésion et la souplesse de l’épiderme. Il joue également le rôle de “lubrifiant” en donnant  son aspect lustré au pelage normal. Il permet l’imperméabilisation du tégument, rôle particulièrement important sur toutes les zones cutanéomuqueuses où diverses sécrétions et excrétions aqueuses sont émises. Il a également une action de protection chimique et thermique.
Les conséquences de modifications qualitatives  et quantitatives du sébum sont nombreuses.

Conséquences des modifications du film cutané de surface

La diminution des cires et l’augmentation des acides gras libres sont à l’origine d’une alcalinisation notable du pH cutané, qui atteint des valeurs allant de 8,2 à 8,6, d’où l’intérêt de l’utilisation de topiques à pH plus acide dans ce cas, pour contrôler le phénomène. Ces modifications du sébum favorisent la prolifération bactérienne cutanée à l’origine de surinfections secondaires très fréquentes. Le nombre de bactéries est souvent multiplié par 50 ou 100. De plus, leur activité lipolytique accélère la production d’acides gras libres. Ces acides gras, produits souvent en quantité importante, favorisent l’hyperkératose orthokératosique (et peut-être parakératosique), qui, associée à l’accélération du turn-over  épidermique, contribue à l’apparition du squamosis. Les squames proviennent donc à la fois des couches cellulaires kératinisées produites en excès  et du sébum qui les agglomère.
L'altération des lipides de surface est sans doute responsable de l'odeur des chiens et chats séborrhéiques. Cette odeur est très caractéristique (graisse rance), et plus accentuée dans la séborrhée grasse. Elle pourrait être aggravée par les surinfections bactériennes et fongiques (Malassezia pachydermatis). Elle est remarquée "d'emblée" par le praticien et peut constituer parfois une gêne considérable pour le propriétaire de l’animal, et ainsi devenir le principal motif de consultation.

D’un point de vue clinique, on distingue:
- la séborrhée sèche (seborrhea sica) : la peau et le poil sont secs et ont un aspect cireux (au toucher, après s'être lavé les mains, on a la sensation de recueillir de la "cire de bougie" sur la pulpe des doigts).
- la séborrhée grassse (seborrhea oleosa) : la peau et le poil ont un aspect gras, parfois même très gras (huileux) ; les poils peuvent être collés en mèches graisseuses.
- la dermatite séborrhéique : il s'agit de lésions soit focales, soit multifocales, c'est-à-dire formées par une coalescence et une extension des lésions focales ; la lésion caractéristique est une macule plus ou moins noirâtre, squameuse, partiellement alopécique et lichenifiée, entourée d'une zone annulaire érythémateuse très squameuse et/ou bordée par une collerette épidermique ; l'infection joue sans doute un rôle important dans la genèse de ces lésions, comme, dans certains cas, la multiplication de Malassezia pachydermatis. Ces lésions, souvent observées chez des chiens atteints de séborrhée grasse généralisée, sont fréquentes sur le thorax et peuvent elles aussi se généraliser.
Cette classification est arbitraire, les trois formes peuvent en effet coexister chez un même animal. Une même dermatose peut également entraîner un état kérato-séborrhéique sec ou gras selon les cas, avec éventuellement évolution du sec vers le gras au fur et à mesure de l'installation d'une maladie chronique (exemple : DAPP, gale sarcoptique). En revanche, certaines dermatoses entraînent plutôt une séborrhée sèche (exemple : cheyletiellose) ou une séborrhée grasse (exemple : dysmétabolisme de la vitamine A).

Principales causes de pellicules et de mauvaise odeur chez le chien:

    * mauvaise hygiène
        - un chien doit être nettoyé régulièrement: en fonction de son mode de vie un shampouinage tous les mois/trois mois est indiqué
        - il faut utiliser un shampooing vétérinaire, spécialement conçu pour l'espèce canine;
    * infections cutanées
        - dermatite à Malassezia
        - pyodermite bactérienne
    * certaines parasitoses
-    démodécie, notamment démodécie à Demodex sp. forme longue, qui se traduit par une séborrhée grasse de la ligne du dos associée à une mauvaise odeur, sans autre signe cutané.
-    Cheyletiellose, acarose transmissible, avec de grandes pellicules
-    Leishmaniose, maladie endémique dans le sud de la France, due à un parasite, responsable de nombreuses pellicules (on parle de « furfur » leishamnien)
    * certains troubles de la kératinisation
        - adénite sébacée
        - séborrhée primitive
        - dysmétabolisme de la vitamine A
    * certaines dysendocrinies
        - hypothyroïdie
        - dysendocrinies sexuelles

Cette liste n'est pas exhaustive! Une consultion chez le vétérinaire est nécessaire si le problème persiste malgré un traitement cosmétique…


Conseils de traitement, hygiène préventive

En cas de mise en évidence d'une cause, un traitement spécifique s'impose.
Il est dans tous les cas primordial de connaître les bases de l'hygiène cutanée: trop souvent, les lieux communs (on ne lave pas un chien, les oreilles ça se nettoie tout seul, il perd ses poils c'est normal) sont bien ancrés dans les mentalités et il faut comprendre la cosmétologie vétérinaire: nécessité d'inspecter régulièrement la peau et les oreilles, nécessité d'utiliser un shampooing vétérinaire régulièrement (au moins tous les 3 mois), possibilité d'avoir recours fréquemment aux produits haut de gamme à condition d'utiliser larga manu les émollients et les hydratants qui reconstituent le film lipidique superficiel (par exemple sous forme de spot-on ou de lotions), inspection et désinfection régulière des plis dans les races à risque, ...
Dans tous les cas, masquer l'odeur n'est pas toujours la bonne solution et il ne faudra utiliser le parfum pour chien qu'en dernier recours...