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Tout savoir sur les problèmes de pieds chez le chien



Eléments d’anatomie.

 

Le pied du chien est constitué de plusieurs zones distinctes. Les doigts sont au nombre de cinq sur chaque patte sauf exception dans certaines races berger, qui possèdent deux pouces sur les pattes postérieures. Les doigts sont séparés par les espaces interdigités. Deux zones distinctes doivent être envisagées: la face dorsale et la face ventrale qui est en contact avec le sol (encore appelée face palmaire pour les membres antérieurs et face plantaire pour les postérieurs). A ce niveau, la peau présente une structure similaire à celle du reste du tégument cutané. Les griffes sont des productions cornées spécialisées qui ont de multiples rôles: déplacement, préhension, protection... Elles sont constituées de kératines très dures, empilées en amas. Enfin, les coussinets sont des zones particulières, au niveau desquelles l’épiderme est extrèmement épais et festonné. Ils permettent une adhérence optimale grâce à la présence de nombreuses villosités et de certaines glandes sudoripares. En outre, ils protègent les autres structures podales des traumatismes lors des déplacements.

 

Les pieds du chien constituent une zone humide et chaude, avec de nombreux replis, subissant en permanence des traumatismes. Ils sont en outre en contact direct avec l’environnement, ce qui les prédispose à des blessures. On comprend donc aisément qu’un grand nombre d’affections cutanées soient rencontrées dans cette zone.

 

Dans l’espèce canine, la majorité des lésions du pied concerne les espaces interdigités et les doigts. Les coussinets sont rarement atteints, au contraire de l’espèce féline, ainsi que les griffes au contraire de l’espèce humaine pour laquelle la pathologie des ongles constitue une spécialité à part entière en dermatologie.

 

 

Principales dermatoses rencontrées au niveau du pied.

 

Pododermatites environnementales.

 

Une des premières causes d’atteinte cutanée podale est liée au contact avec l’environnement. La présence de substances irritantes ou caustiques est à l’origine du développement de dermatoses inflammatoires irritatives, qui sont fréquentes au contraire des dermatoses par allergie de contact vraies. Les hydrocarbures, les herbicides, les engrais (...) peuvent être responsables. Les lésions regroupent l’apparition de rougeurs et de léchage intense, parfois de boiterie. La mise en évidence de la substance responsable de l’apparition des lésions cutanées est parfois difficile. Le traitement nécessite un nettoyage soigneux. Il faut éviter de futurs contacts avec la substance corrosive.

Les brulures et les gelures sont rares. Elles surviennent le plus souvent chez de jeunes chiots. Leur éventuelle apparition impose d’être attentif lors de séjours à la montagne. Une prophylaxie (tannage des coussinets palmaires et plantaires) est souhaitable.

Les épillets de graminées provoquent souvent des lésions au niveau podal. Ces corps étrangers pénètrent dans les espaces interdigités, en créant des lésions fistuleuses, parfois profondes, qui engendrent une boiterie et un léchage intense, d’appariton brutale. Il faut penser à la présence d’un corps étranger face à toute lésion podale unilatérale d’apparition soudaine chez le chien. Le traitement nécessite la découverte et le retrait du corps étranger associé à une antisepsie pendant quelques jours.

    

 

Pododermatites infectieuses.

 

Il s’agit du principal motif de pododermatite chez le chien. Au contraire des pododermatites environnementales, qui atteignent indifféremment un ou plusieurs pieds, ces dermatoses sont le plus fréquemment d’emblée quadripodales (mais pas toujours!). Les agents infectieux en cause sont soit des bactéries soit des levures, soit des parasites. Voir ces termes.

 

 

Pododermatites allergiques.

 

Il s’agit de la deuxième cause d’atteinte podale chez le chien après les infestations parasitaires. Le léchage intensif des extrémités des pattes est un signe majeur de dermatite allergique chez le chien. On peut le retrouver en cas de dermatite atopique (hypersensibilité à des aéroallerènes, acariens, pollens par exemple), de dermatite par allergie/intolérance alimentaire ou,  moins souvent, en cas de dermatite par allergie aux piqûres de puces. Enfin, la dermatite par allergie de contact est rare chez le chien, mais peut provoquer l’apparition de lésions uniquement podales. Dans ce cas, la substance allergisante (ou irritante) est présente dans l’environnement et traverse la peau au niveau de la face palmaire ou plantaire des pieds. Les lésions sont donc initialement localisées sur les zones en contact avec le sol (il s’agit d’un élément important d’orientation). On observe des vésicules (rarement), des rougeurs, et un léchage des pieds. Des complications bactériennes apparaissent assez vite. Le substances allergisantes sont variées. Il faut être particulièrement méfiant vis à vis des détergents, des nettoyants ménagers (surtout ceux contenant de l’eau de Javel), et du ciment.

 

 

Génodermatoses.

 

Certaines d’entre-elles ont une localisation préférentielle au niveau du pied.

 

C’est le cas de la dermatose répondant à l’administration de zinc, de type I chez les chines nordiques qui présentent une anomalie de l’absorption intestinale de zinc, de type II chez des chiots de races de grande taille en croissance dont la ration est déséquilibré avec un excès de phytates et/ou de calcium. Les lésions podales sont surtout caractérisées par un épaississement marqué des coussinets plantaires. On peut également noter des squames et/ou des croûtes. Le diagnostic passe par la réalisation de biopsies et le traitement, simple, nécessite une supplémentation en zinc et un rééquilibrage de la ration alimentaire.

 

Chez le Bull Terrier, une maladie rare, l’acrodermatite léthale atteint un ou plusieurs chiots de la même portée. Les animaux sont petits, chétifs et présentent des lésions alopéciques et croûteuses des extrémités rapidement surinfectées. La maladie est mortelle à moyen terme à cause de déficits immunitaires généralisés se traduisant par des infections cutanées, respiratoires et digestives.

 

Certains chiens, principalement des Irish Terriers et des Dogues de Bordeaux présentent une anomalie localisée au niveau des coussinets qui s’appelle l’hyperkératose digitée. Les coussinets sont très épaissis, craquelés, avec la formation de véritables cornes exubérantes. Le traitement est symptomatique et consiste à ramollir l’excès de kératine et à couper ou tailler les lésions.

 

 

Pododermatites auto-immunes.

 

Les maladies auto-imunes à expression cutanée sont rares. Elles regroupent diverses atteintes de la peau dues à la destruction par l’organisme de ses propres constituants cutanés. Le pied est une localisation préférentielle de ces dermatites. Parfois il s’agit de la seule région atteinte. Les lésions atteignent les quatre membres, au niveau des coussinets, des griffes, plus rarement des espaces interdigités. On observe des ulcérations, des croûtes, un épaississement des coussinets, beaucoup moins fréquemment des pustules. Le diagnostic est difficile, basé sur la conjonction d’arguments cliniques, et surtout sur la réalisation de biopsies cutanées. Le traitement nécessite une immunosuppression par les corticoïdes ou par d’autres molécules.

 

Les vascularites sont des affections des vaisseaux. La plupart d’entre-elles est d’origine auto-immune, mais il existe également d’autres causes (médicamenteuses, infectieuses). Les lésions siègent préférentiellement au niveau des vaisseaux de petit calibre. En pratique les extrémités des membres ou des pavillons auriculaires sont souvent touchées. Cliniquement, il s’agit de lésions ulcératives à l’emporte-pièce, parfois nécrotiques et hémorragiques. Un cas relativement typique est l’ulcère profond localisé au centre d’un coussinet (rôle aggravant des traumatismes ?).

 

La maladie des agglutinines froides est due à une coagulation excessive dans les vaisseaux de petit calibre situés au niveau des extrémités lors de temps froid ou du contact avec une substance froide. Les vaisseaux sanguins ainsi thrombosés (ils sont “ bouchés ”) ne permettent plus le passage du sang et on observe une cyanose (aspect violacé de la peau) précédant des pertes de substance à type d’érosions ou d’ulcères.

 

 

Pododermatites d’origine comportementale.

 

Les animaux anxieux présentent parfois une activité dite de substitution, qui consiste à lécher incessamment une zone cutanée facilement accessible : la face dorsale du carpe ou un pied par exemple. Ce léchage est particulier, différent de celui des dermatites allergiques : zone atteinte très localisée, animal ne se léchant qu’en cas d’ennui, léchage compulsif, stéréotypé. Rapidement des lésions sont notées : chute des poils, rougeur de la peau, voire suintements et érosions.

Le diagnostic est facile s’il existe des signes associés d’anxiété. Il faut parfois avoir exclu toutes les autres causes de léchage podal avant d’envisager cette hypothèse.

Le traitement repose sur l’utilisation d’antibiotiques (lésions surinfectées), sur une chimiothérapie anxiolytique et surtout sur une thérapeutique comportementale du propriétaire vis à vis de son chien.

 

 

Pododermatites diverses.

 

D’autres maladies cutanées peuvent affecter préférentiellement un ou plusieurs pieds.

 

Le syndrome hépatocutané est une entité rare du chien âgé, due à la présence d’un cancer du foie ou d’une cirrhose. Les mécanismes d’apparition des lésions cutanées sont inconnus. On décrit des coûtes, des lésions exsudatives au niveau de la face, des jonctions cutanéomuqueuses et des extrémités. Les coussinets sont épaissis et craquelés. Le diagnostic repose sur les biopsies de peau. Aucun traitement n’est efficace.

 

Diverses tumeurs peuvent atteindre les pieds, et certaines d’entre-elles semblent présenter une affection particulière pour la matrice des griffes. Il s’agit des carcinomes épidermoïdes et des mélanomes, en particulier chez les Bergers de Brie et les Schnauzers.

 

 

Conclusion.

 

En conclusion, un très grand nombre de dermatoses atteignent les pieds. Les surinfections sont très fréquentes et rapides dans cette zone facilement souillée, humide et chaude, à replis cutanés, subissant des traumatismes permanents. Ceci explique que le tableau clinique dermatologique  est rarement typique, et que le diagnostic des pododermatites est difficile. “ Diagnostiquer et traiter les pododermatites chez le chien est l’art de la dermatologie ” a déclaré P.J.Irhke, professeur de dermatologie vétérinaire en Californie.

Plus que dans toute autre zone, la prévention apparaît donc essentielle. Il faut éviter les traumatismes inutiles, tanner les coussinets trop mous, nettoyer régulièrement les espaces interdigités avec des shampooings adaptés (et bien rincer !), sécher les pattes après une sortie par temps humide, inspecter les espaces interdigités en cas de léchage (rechercher un épillet de graminée, des ectoparasites en particulier larves de trombicula autumnalis)… En résumé être attentif et hygiénique évitera les problèmes au long cours.