Tout savoir sur...

Tout savoir sur les décolorations de la truffe


 

La truffe est une formation cutanée spécialisée propre aux carnivores. Chez le chien, toute atteinte de sa pigmentation doit faire l’objet d’un diagnostic précis, car s’il peut s’agir d’un simple défaut esthétique peu problématique, il peut également s’agir d’un signe avant-coureur d’une affection cutanée ou généralisée potentiellement grave.

 

 

 

Anatomie de la truffe.

La truffe est située à l’extrémité du chanfrein, à la bordure de la peau velue. Il s’agit d’une zone cutanée très particulière sur le plan anatomique, caractérisée par un épiderme (couche la plus externe de la peau) très épais, reposant sur un derme ne contenant aucun follicule pileux, d’où l’absence de poil. Les glandes sébacées et sudoripares sont absentes à ce niveau. Ses rôles sont multiples. En particulier, la truffe joue un rôle majeur dans la protection de l’entrée des voies respiratoires, et permet un contact privilégié avec le milieu extérieur du fait de la relative mobilité des ailes du planum nasal et de sa riche innervation.

 

Rappels sur la pigmentation.

La pigmentation est due à la présence de cellules particulières, appelées mélanocytes, qui sont des cellules d’origine nerveuse, et qui se distribuent dans divers tissus de l’organisme dont la peau. Ces cellules sont capables, par des voies enzymatiques complexes, de synthétiser des pigments, qui confèrent la couleur et permettent un rôle de reconnaissance et de protection contre les rayonnements ultra-violets. Deux types principaux de pigments sont rencontrés chez les carnivores: les eumélanines (de couleur noire) et les phaéomélanines (de couleur rouge à brun). Ces pigments sont transférés dans les cellules de l’épiderme, les kératinocytes, ce qui permet d’obtenir une pigmentation homogène de l’organe. On comprend donc que toute atteinte des mélanocytes aura une répercussion sur la pigmentation. En outre, toute atteinte inflammatoire des kératinocytes peut également être à l’origine d’une anomalie de la pigmentation.

Par définition, on appelle hypopigmentation ou dépigmentation une zone de couleur plus claire que la normale, en opposition aux hyperpigmentations, qui sont des zones où la couleur est accentuée.

 

Principales causes de dépigmentation de la truffe.

Les causes de dépigmentation de la truffe sont nombreuses. Il est cependant important de bien les connaitre, car d’une part certaines d’entre-elles ont une origine génétique et sont donc potentiellement transmissibles à la descendance, ce qui impliquera un retrait de la reproduction de l’animal atteint, et d’autre part parce qu’il peut s’agir d’un symptôme d’appel d’une maladie générale potentiellement dangeureuse pour l’animal.

Le diagnostic de dépigmentation de la truffe est cependant parfois difficile, différentes entités pouvant se ressembler. L’examen complémentaire le plus intéressant pour le vétérinaire dans cette localisation sera la biopsie cutanée, dont la réalisation nécessite une anesthésie générale, du fait de l’innervation et de la vascularisation importantes de cette région.

 

 

Les dépigmentations génétiques.

Elles sont consécutives à une anomalie génétique du système de la pigmentation. Il est possible de distinguer les dépigmentations dues à une absence de mélanocytes et celles liées à des mélanocytes incapables de fonctionner normalement.

 

Dans le piébaldisme, les mélanocytes sont absents, à la fois au niveau de la truffe et de certaines zones du pelage et de l’œil. Les dépigmentations sont donc extensives. Il s’agit le plus souvent de chiens à pelage blanc, à yeux bleus très pâles. Les dalmatien et bull terrier sont prédisposés, mais on rencontre cette anomalie également dans les races boxer et colley. Une surdité peut être associée.

 

Le vitiligo est une dépigmentation circonscrite, liée à une destruction des mélanocytes localement. Il s’agit d’une tare héréditaire mais non congénitale, ce qui signifie que l’anomalie est transmise par les ascendants, mais n’est pas présente à la naissance. Les symptômes apparaissent généralement entre l’âge de 1 et 3 ans. La dépigmentation est le plus souvent progressive. Elle apparaît comme une tache, plus ou moins symétrique, plus ou moins bien circonscrite. La truffe est souvent touchée, mais les jonctions cutanéo-muqueuses (lèvres, cavité orale) ou la peau peuvent également être atteintes. Aucune inflammation n’est présente : la peau est dépigmentée mais normale. Les races Dobermann, rottweiler, berger belge, berger allemand et bobtail seraient prédisposées. Aucun traitement n’est disponible à l’heure actuelle. Du fait de l’absence de pigments, ces zones sont très prédisposées à développer des érythèmes actiniques (“ coup de soleil ”), ce qui peut nécessiter l’utilisation de crèmes solaires protectrices par temps ensoleillé.

 

Les albinismes oculo-cutanés sont rares dans l’espèce canine. Ils associent des lésions dépigmentées de la peau et des poils, parfois de la truffe, avec des lésions oculaires.

 

Dans la race Colley, est décrite une entité particulière appelée neutropénie cyclique, caractérisée par une anomalie associée de la pigmentation et de certaines cellules sanguines. Le pelage est dépigmenté et apparaît de couleur grise. Les chiots présentent en outre des symptômes respiratoires et digestifs, sont chétifs et meurent rapidement en quelques mois. Aucun traitement n’est disponible.

 

 

Les dépigmentations acquises.

Au contraire des dépigmentations génétiques, les dépigmentations acquises sont secondaires à une maladie qui provoque la destruction des mélanocytes et donc une anomalie de la pigmentation. De nombreuses dermatoses peuvent ainsi être à l’origine de dépigmentations, mais certaines sont plus spécifiques au niveau de la truffe.

 

Affections d’origine inconnue.

Certains chiens présentent des dépigmentations de la truffe dont l’origine est inconnue. En particulier dans les races golden et labrador retriever, les animaux peuvent présenter une diminution progressive de la pigmentation de la truffe avec l’âge. La truffe, initialement noire, devient de couleur de plus en plus chocolat, voire complètement rose. La cause est inconnue, bien que certains, dont l’auteur, rapprochent cette entité du vitiligo.

 

Chez les chiens nordiques, mais aussi dans d’autres races, la truffe se dépigmente au niveau du milieu du planum nasal l’hiver et se repigmente spontanément l’été. Cette entité est différente de celle décrite ci-dessu pour laquelle on n’observe pas de repigmentation spontanée. Cette affection (“ snow nose ”, le nez de neige) est également d’origine inconnue, sans traitement rapporté. Certains auteurs pensent qu’il pourrait s’agir de variations hormonales, soit dans les hormones sexuelles, soit dans les hormones pigmentaires.

 

Affections parasitaires.

La leishmaniose est due à la multiplication dans la peau et d’autres organes de parasites Leishmania infantum. Ces parasites provoquent une réaction inflammatoire et sont à l’origine d’une dépigmentation de la truffe, qui peut être un signe avant-coureur de l’affection. Les lésions dépigmentées évoluent rapidement pour donner naissance à des érosions et des ulcérations. D’autres zones cutanées sont le plus souvent touchées, et les symptômes généraux sont également fréquents (abattement, insuffisance rénale, …). Le diagnostic nécessite la réalisation d’une prise de sang et/ou la mise en évidence des parasites (par prélèvement de ganglion, de moëlle osseuse ou de peau). Le traitement est long et parfois difficile, surtout si une insuffisance rénale est associée.

 

Certaines mycoses peuvent provoquer une dépigmentation nasale. En particulier, l’aspergillose est responsable d’une dépigmentation initialement unilatérale sur le bord d’une narine, mais qui peut rapidement devenir unilatérale. Les champignons (Aspergillus fumigatus) se multiplient dans les cavités sinusales, chez des races à long chanfrein. Ils provoquent une inflammation et la sécrétion de pus, qui coule facilement à l’extérieur des narines. Le pus contiendrait des substances toxiques, responsables de l’atteinte des mélanocytes. Le plus souvent l’affection est douloureuse. Le diagnostic passe par la réalisation de clichés radiologiques, de prise de sang, et surtout sur l’examen microscopique du pus et la culture fongique de ce dernier. Le traitement, qui fait appel à des molécules antifongiques, est difficile car les molécules utilisées pénètrent mal dans les sinus. Il faut donc avoir recours à un traitement local, sous anesthésie générale, voire à un débridage chirurgical afin de nettoyer les cavités nasales. Le pronostic doit donc toujours être réservé, les rechutes étant possibles.

D’autres champignons peuvent, plus rarement, être en cause, comme les cryptocoques. L’affection est alors associée à d’autres signes cutanés ou généraux.

 

Affections néoplasiques

Des tumeurs de la peau peuvent initialement se localiser à la truffe et apparaître sous la forme de dépigmentations, éventuellement associées à des érosions. En particulier, une tumeur de certaines cellules, les lymphocytes, s’appelant mycosis fongoïde, a une localisation de prédilection au niveau de la truffe. On devra donc toujours le suspecter si la dépigmentation survient chez un animal âgé. Généralement, il existe des lésions cutanées associées, ce qui implique de bien regarder toute la surface de la peau.

 

Affections immunologiques

Il s’agit d’affections rares. Elles surviennent le plus souvent chez des individus adultes. La truffe est parfois la première zone touchée.

Le lupus discoïde est la plus fréquente des affections auto-immunes à manifestation dermatologique chez le chien. On observe un érythème, des érosions, des croûtes et des ulcérations de la truffe, qui en cicatrisant laissent place à des zones dépigmentées. Parfois la dépigmentation est le premier signe à apparaître, mais toujours sur la base d’une peau inflammée. La maladie est très nettement photosensible, ce qui explique que les lésions sont initialement rencontrées pendant les mois d’été. Le diagnostic passe par la biopsie cutanée. Le traitement est variable en fonction de l’étendue et de la gravité des lésions. On privilégiera les thérapeutiques locales, qui sont potentiellement moins toxiques que les traitements par voie générale.

 

Les autres dermatoses auto-immunes ont souvent une atteinte nasale, mais rarement sous la forme exclusive de dépigmentation. Il s’agit des pemphigus et de la pemphigoïde bulleuse. On rencontre généralement des lésions érosives, qui en cicatrisant peuvent laisser place à des zones hypopigmentées.

 

Le syndrome uvéo-cutané est une entité exceptionnelle probablement d’origine auto-immune, décrite chez les akita inu et les husky siberiens. Les symptômes cutanés sont toujours précédés de symptômes oculaires potentiellement graves, car ils peuvent être responsables d’une cécité. Il s’agit d’une uvéite bilatérale, avec rapides complications de cataracte ou de glaucome. Les lésions cutanées sont caractérisées par des dépigmentations au niveau des jonctions cutanéo-muqueuses (lèvres, paupières), des poils et de la truffe. Le diagnostic nécessite là encore des biopsies. Le traitement est difficile, à cause des complications oculaires.

 

Conclusion

Cet exposé rapide n’a pas pour but d’être exhaustif, mais permet de comprendre qu’en dermatologie les choses ne sont pas toujours simples, et qu’il faut toujours garder à l’esprit des maladies rares. Les dépigmentations de la truffe en sont un bon exemple, avec parfois des causes peu graves sauf sur un plan esthétique, en allant jusqu’à des dermatoses plus rares mais potentiellement mortelles.